Les enseignements de 1944 – et ils sont légion – conservent-ils leur validité aujourd’hui ?
Bientôt le 6 juin 2025.
Il y a un an, nous célébrions le 80° anniversaire du Débarquement.
- L’occasion, à travers de multiples cérémonies et évocations, d’entretenir le devoir de mémoire.
- Celle aussi d’échanges parfois musclés sur des questions du genre « OVERLORD était-elle la plus grande opération de tous les temps ? Ou bien était-ce l’offensive soviétique sur le front de l’Est ? ».
- Celle, enfin, de se replonger dans un certain nombre d’ouvrages. Cela m’a conduit à me pencher sur plusieurs évènements ainsi que, dans un véritable processus de RETEX (retour d’expérience), sur un certain nombre d’enseignements. Dont certains, me semble-t-il, s’avèrent toujours d’actualité. Y compris à l’ère du numérique.
Sans prétendre, tant s’en faut, à l’exhaustivité, j’en ai retenu quelques-uns. Je les ai regroupés en trois grands domaines : la planification, le commandement et les individus. Je les aborderai donc dans trois articles mensuels qui nous conduiront au mois de juillet 2025.
Mais, en guise d’introduction générale, voici quelques points qui méritent d’être pris en compte.
Sur le vocabulaire
Tout d’abord, revenons sur le vocabulaire. Pour nombre d’entre nous, OVERLORD rime avec « Jour J » (ou D-Day). Or, le débarquement du 6 juin 1944 correspond à l’Opération NEPTUNE.
OVERLORD avait un objectif plus vaste : saisir et sécuriser une tête de pont devant servir de base d’assaut vers l’Allemagne. Elle constitue donc l’opération mère – ou la suzeraine si on se réfère à sa traduction littérale – de toute une série d’opérations dont, bien entendu, NEPTUNE. Initialement, sa conception couvrait également le débarquement en Provence. Mais compte tenu du report de NEPTUNE, OVERLORD et ANVIL deviendront deux opérations distinctes.
Sur la classification d’OVERLORD
Revenons maintenant à la comparaison avec l’opération BAGRATION sur le front de l’Est.
Personnellement, je ne me pose pas de question. Les affrontements sur les deux fronts furent de très grande ampleur. Et ils se révélèrent très couteux en combattants et en matériel, pour les populations et les infrastructures également.
Mais n’oublions pas qu’OVERLORD incluait une opération amphibie inégalée en termes d’objectifs tactiques, de moyens de transport et de forces à acheminer. Sans négliger les implications logistiques immédiates (NEPTUNE) et futures. Elle est donc unique en son genre (si on excepte celle de 1066😊).
Pour aller plus loin
Je conclurai avec quelques références. Liste très loin également d’être exhaustive, cela va s’en dire.
Du côté cinématographique, nous avons tous été marqués et influencés, voire limités, par « Le jour le plus long », lui même basé sur le livre du même titre de Cornélius Ryan.
Mais pour une vision plus complète, je suggère d’en visionner d’autres, même si certains portent sur des moments historiques différents. Comme, par exemple :
- « Il faut sauver le soldat Ryan»,
- « Un pont trop loin »,
- « La bataille d’Angleterre »,
- « Fury »,
- « Band of Brothers »…
Et, dans la même logique, je recommande la lecture d’ouvrages historiques tels :
- « Les généraux allemands parlent » de Basil H. Liddell Hart (1948) ;
- ‘Six armies in Normandy’ de John Keegan (1982) ;
- ‘Eisenhower soldier and president’ de Stephen E. Ambrose (1991) ;
- ‘The European Theater of Operations: Breakout and Pursuit’ de Martin Blumenson (1993) ;
- ‘Partners in command’ de Mark Perry ( 2007) ;
- ‘D-Day. The battle for Normandy’ d’Antony Beevor (2010), dans sa réédition avec une nouvelle préface de 2019).
Ceux de Blumenson et de Beevor sont d’une très grande précision pour ce qui concerne les opérations sur le terrain, lesquelles sont systématiquement replacées dans le contexte et étudiées du point de vue des différents protagonistes. Celui de Beevor détaille également les pertes civiles, les destructions de l’infrastructure et… les blessures psychologiques…
Enfin, pensant aux courageux, il existe nombre de documents sur Internet tel le fichier pdf relatif à la conférence ARCADIA (ici) qui marque véritablement l’entrée en guerre des États-Unis sur le front ouest.
Photo en en-tête : 2024olivierdouin, cérémonie de la passation au mémorial de Caen le 6 juin 2024