Quand la victoire ne suffit pas.
Source et citations : ‘Personal Memoirs of U. S. Grant‘ dans leur édition de la Library of America de 1990.
Compter sur un ou plusieurs coups d’éclat pour garantir son succès n’a rien d’original. Ainsi, des militaires victorieux purent accéder aux plus hautes fonctions. Prenons l’exemple des États-Unis d’Amérique (ici USA) avec quelques présidents allant de Washington à Eisenhower en passant par Grant. Cependant, tout ne se passe pas toujours comme prévu, comme le montre l’exemple ci-après où celui qui rafla la mise ne fut pas celui qu’on attendait.
1. Le contexte
‘The Mexican war was a political war, and the administration conducting it desired to make party capital out of it.’« La guerre américano-mexicaine était une guerre politique, et l’administration qui la menait souhaitait en tirer profit pour son parti. »
Contexte général
En 1846, les USA comptent deux grands partis politiques : les Démocrates et les Whig. Le parti Républicain n’a pas encore vu le jour.
Leur président, James Polk, appartient au parti Démocrate. Tout comme, naturellement, la majorité de son gouvernement.
La vision du moment repose sur l’agrandissement du territoire à l’ouest. Le Texas est américain depuis peu (1845). Mais il s’agit désormais, pour l’instant, d’acheter des territoires toujours mexicains situés entre le Rio Grande et le Texas à son nord-est. D’où l’envoi de troupes en février 1846 pour faire pression sur le Mexique.
Contexte particulier
Le général à la tête de l’armée américaine est Winfield Scott, membre du parti Whig. Il démontre des ambitions politiques certaines et a la faveur de son parti.
Persuadé qu’une victoire renforcera sa stature, il demande à prendre le commandement des troupes américaines engagées dans ce qui deviendra la guerre du Mexique (1846-1848)
Mais il se voit opposer un refus. Celui qui obtient le commandement est le colonel puis général Zachary Taylor. Certes, ce dernier est Whig, mais on ne lui connait aucune attirance pour la politique. Il ne représente donc aucun danger pour les Démocrates.
2. Évolution de la situation
‘The contrast between the two was very marked… But with their opposite characteristics both were great and successful soldiers.’
« Le contraste entre les deux était très marqué… Mais malgré leurs caractéristiques opposées, ils furent tous deux de grands et brillants soldats. »
Les évènements
Le général Taylor engrange une série de trois victoires : Palo Alto, Resaca de la Palma et Monterey qu’il capture le 23 septembre 1846.
Sa popularité grandissante, il devient donc une menace, certes pour les Démocrates, mais aussi pour les Whig qui misent toujours sur le général Scott. Pour le neutraliser, l’administration, finalement, envoie ce dernier comme commandant en chef au Mexique. En lui promettant des moyens qu’il ne verra jamais. Ou qu’il n’obtiendra qu’avec difficulté.
Mais, malgré ses victoires, il ne parvient pas à arrêter l’ascension du général Taylor. Celui-ci, désormais son subordonné et à la tête d’une petite armée composées de volontaires n’ayant jamais connu le feu, remporte notamment la victoire de Buena Vista (22 au 24 février 1847) contre le général Santa Anna. Il bat ainsi la seule armée dont disposait ce dernier pour arrêter la progression du général Scott vers la capitale. Le parti Whig commence alors à considérer sérieusement la candidature de Zachary Taylor pour la présidence.
Les personnalités
Les deux généraux se révèlent d’une grande compétence militaire. Mais ils possèdent des personnalités très différentes, voire opposées.
Le général Taylor est modeste et pragmatique. Il montre également une grande humanité, aussi bien à l’égard de ses soldats que vis-à-vis de l’adversaire et de la population. Ainsi, il interdit tout pillage et exige le dédommagement des biens saisis quand nécessaire. Il parle peu, mais sans ambiguïté. Ses relations sont d’une grande simplicité. Enfin, il agit avec les moyens à sa disposition.
Le général Scott, pour sa part, a une haute opinion de lui-même. Il ne passe pas inaperçu et se déplace toujours avec une suite. Il exige qu’on lui rende les honneurs en toutes occasions. Il parle beaucoup, jusqu’à employer la troisième personne. Il demande sans cesse d’importants moyens ; et se plaint lorsqu’il ne les obtient pas. En outre, ses rapports avec ses subordonnés s’avèrent détestables.
3. Conclusion
‘Neither of these speculations is unreasonable, and they are mentioned to show how little men control their own destiny.’
« Aucune de ces spéculations n’est déraisonnable, et elles sont mentionnées pour montrer à quel point les hommes maîtrisent peu leur propre destin. » / Grant à propos de son propre parcours
A la fin de la guerre, les relations entre le général Scott et plusieurs de ses adjoints tournent mal : il met aux arrêts trois d’entre eux (les généraux Worth et Pillow ainsi que le colonel Duncan). Une commission d’enquête rend un avis défavorable et il se voit relevé de son commandement.
Logiquement le général Taylor obtient l’investiture chez les Whig. Il remporte l’élection présidentielle en 1848. Pour décéder en 1850.
En 1852, Scott tente de nouveau sa chance. Mais il subit une sévère défaite. Ce qui sonne le glas du parti Whig.
Donc
Rien n’est écrit.
Des victoires, c’est bien. Mais cela ne suffit pas toujours pour garantir le succès à long terme.
Avoir de bons rapports avec son entourage ne suffit pas toujours. Mais les mauvaises relations s’avèrent souvent, tôt ou tard, contreproductives.
Pour aller plus loin
Sur la guerre du Mexique de 1846 à 1848 :
‘So far from God – The U.S. War with Mexico 1846-1848’, John S. D. Eisenhower, University of Oklahoma Press Norman (2000)
Sur la naissance du Texas :
‘Three roads to the Alamo – The lives and fortunes of David Crockett, James Bowie, and William Barret Travis’, William C. Davis, First HarperPerennial Edition (1999)
Commentaire : couvre un demi siècle d’histoire et met à mal le mythe. Vous ne regarderez plus le film « Alamo » (1960) avec les mêmes yeux.
Photo en en-tête : Zachary Taylor